30 septembre – Siu Leuih Fong

Je suis dans un petit café près de To Kwa Wan et je commande à mon habitude en cantonais. Les serveurs s’interrogent… d’où est ce que je viens ? Quand je réponds que je suis Suisse, ils sautent au plafond !

– Lei yauh mouh heuih gwo Siu Leuih Fong ? , me demandent ils, enthousiastes.

Cela signifie : Es tu déjà allée au Pic de la Petite Femme?

C’est ainsi que j’apprends que même notre Jungfrau (qui n’a pas de nom français) a un nom en cantonais : 少女峰 !

[Pour mes lecteurs non suisses, la Jungfrau est une montagne se situant dans les Alpes bernoises et dont le sommet atteint 4’158 mètres d’altitude… c’est sublime si vous avez l’occasion d’y aller!]

19 août – La reine des cabinets

Ce soir, je passe aux toilettes d’un mall à Tsim Sha Tsui. Une femme me tient la porte et je réponds mécaniquement : « Mgoi saai »!

Là, les cinq femmes présentes près des lavabos se figent. Elles tournent la tête vers moi. Puis soudain, la cacophonie commence d’un coup !

– Ouh aaah ! Lei sik gong gwun don waa ! Hou lek aa !

S’ensuit une conversation à bâtons rompus. Depuis quand est ce que j’habite ici. Comment se fait il qu’elles arrivent à comprendre mon accent ? Qui m’enseigne le cantonais et tous les combien de temps ? Suis je mariée à un Hongkongais ? D’où est ce que je viens. Quelle est ma langue maternelle, etc. etc.

10 minutes plus tard, elles me laissent enfin utiliser les WCs. Mais je suis désormais la star des cabinets du deuxième étage du Silvercord.

08 avril – Lost in translation in my dreams

Ca y est ! Après trois ans et demi de pratique, j’ai enfin rêvé en cantonais ! C’est pas trop tôt ! Ce n’était rien de transcendant… je parlais de faire du vélo avec une amie… mais je suis très contente car cela signifie que le cantonais a passé les portes de mon subconscient !

Pour l’occasion, je vais vous lister les quelques challenges qu’il m’a fallu relever pour parler cette langue (et ce n’est pas exhaustif… je ne suis de loin pas « fluent » comme on dit en anglais) :

– Premièrement, les tons. Les fameux. Neuf en cantonais qui font que si tu prononces gai si en montant ou en descendant, tu diras marché ou fiente de poulet. Mais bon, à force, ça finit par rentrer et les gens semblent me comprendre !

Les mots au même nombre de syllabes que je mélange : impossible de savoir pourquoi mais j’ai une tendance à me mélanger les pinceaux entre les mots ayant le même nombre de syllabes, même s’ils n’ont pas du tout la même signification (mouh yi sii, mouh maan taai, tou syu gun… pardon, pas de souci, bibliothèque). Ca finit toujours par rentrer mais ça prend plus de temps que prévu.

L’ordre dans la phrase : le cantonais est super logique… les éléments ont des places spécifiques dans la phrase. Par exemple, je vais dire : Je aujourd’hui vais voir mes amis aller manger des dim sum (Ngo gam yaht gin ngo ge pan yau heuih yam tsa). Si, sur le papier, c’est facile… comme pour l’allemand… à l’oral, j’ai du mal à ne pas construire ma phrase comme je le ferais en français.

– Et puis les particules : il y a pleins de petites particules qu’on met après le verbe qui permettent de savoir si l’action est finie, en cours… finie mais inhabituelle ou pas… réalisées mais avec une erreur, toujours en cours, etc. Et j’ai toujours du mal à savoir quand les utiliser. Par exemple : Ngo sik jo bo lo bao signifie : J’ai mangé mon pineapple bun. Tandis que Ngo sik dou bo lo bao, signifierait plutôt (je crois) : J’ai managé pour finir mon pineapple bun… J’ai du mal à comprendre la nuance et du coup c’est difficile à utiliser.

Allez. Ga Yau à moi-même comme on dit ! Ca va bien finir par rentrer !!! Et je ne peux que progresser !

Une jolie calligraphie sur laquelle je reconnais pleins de mots… mais que je suis incapable de déchiffrer !

11 février – Le fruit de l’huile de vache

En chinois traditionnel, avocat (le fruit donc) se traduit littéralement par le fruit de l’huile de vache : 牛油果 (ngau4 yau4 gwo2). Ça n’est pas totalement illogique puisque beurre se dit huile de vache (ngau yau4) en cantonais. Et que l’avocat a la même texture que le beurre.

En mandarin, par contre, cela se prononce et se dit tout à fait différemment : 鰐梨, littéralement poire crocodile ! Et se prononce « e li ». Tandis qu’en Malaisie, à Singapour et Taïwan, cela se dit: 酪梨 (le fruit crémeux) et se prononce : luo li !

Le chinois dans toute sa diversité ne cessera jamais de m’étonner.