09 janvier – Glagla

Je l’ai répété des dizaines de fois à mes amis hongkongais : « Oh oui, je me réjouis de retrouver le froid! Cette sensation vivifiante… ce coup de fouet qui vous réveille le matin… et ce sentiment agréable qu’on a en rentrant dans un endroit chaud! Le froid, il n’y a que ça de vrai… »

Ce matin, debout à mon arrêt de bus, je repense à mes fanfaronnades, réalisées sous le soleil, quand 13 degrés me semblaient déjà être le début d’une météo arctique.

Il fait moins un degré. Il n’y a même pas de vent. Pourtant, malgré mon manteau, ma double écharpe, mes grosses chaussettes… j’ai froid! Je grelotte. Mes jambes, mes pieds, mes doigts me font un mal de chien. Je sens mon nez et mes oreilles se durcir sous l’effet du gel. Le sang quitte mes extrémités et je me demande à quel moment je vais tomber dans les pommes et m’endormir à tout jamais.

Je regrette donc tout ce que j’ai dit à mes camarades hongkongais. Je déteste le froid. Je n’en veux plus. J’aime la moiteur des étés sud-asiatiques… la transpiration qui coule dans le dos et l’humidité qui nous colle au sol.

08 décembre – Affaires d’hiver

Je prépare ma valise. Il est temps de ressortir les manteaux, les gros pulls, le bonnet et les chaussures en cuir. Cela fait depuis 2019 qu’ils dorment au fond de l’armoire.

Le manteau est lourd. J’avais oublié. Une couche de poussière s’est posée sur la laine. Les chaussures sont si difficiles à enfiler… et les pulls blancs ont jauni, roulés en boule derrière les vêtements d’été.

07 décembre – Adolescence

Une mère demande un service à sa fille. Elles parlent cantonais. Pianotant sur son téléphone, la maman ne semble pas à l’aise avec les nouvelles technologies et cherche désespérément quelque chose.

L’adolescente a encore ses rondeurs enfantines. Ses cheveux décolorés retombent devant son visage. Elle regarde sa mère en faisant claquer sa langue. Puis, elle lève les yeux au ciel et lui répond avec un ton ne laissant aucun doute quant à son degré de patience face à sa génitrice.

Sa maman s’emporte. L’adolescente tourne les talons et s’éloigne en secouant la tête.

Peu importe sa génération, ses origines ou le lieu où l’on habite, il y a des étapes de vie qui restent universelles.

05 décembre – La soupe d’ailerons de requins

La soupe d’ailerons de requins est un plat gastronomique chinois, souvent servi lors de mariages ou d’événements importants… tel que le foie gras chez nous. (Et tout aussi discutable éthiquement…).

Samedi, lorsque notre amie Yu invite le groupe de randonnée auquel nous faisons partie pour un repas de fin d’année, elle met les petits plats dans les grands: porc au barbecue fait maison, salade de papaye, légumes divers, rouleaux de choux, boulettes de viandes, crevettes sautées aux vermicelles… et la fameuse soupe d’ailerons de requins (en version vegan, je vous rassure). Elle a passé des heures en cuisine.

La version vegan des ailerons de requins est faite à partir d’une sorte de champignon et de konjac, une racine sud-asiatique. Elle a été créé dans les années 50-60 à Hong Kong et a permis de démocratiser ce met de luxe. L’aileron de requin étant gélatineux, il a fallu réussir à imiter cette texture particulière. Cette soupe est devenue un classique de la cuisine de rue hongkongaise.

La soupe en elle-même est effectivement gélatineuse et très salée. Elle comprend cette imitation, effilée en petites lamelles, des champignons et divers légumes. C’est plutôt bon.

Je demande donc à notre hôte si ça a vraiment le même goût que les ailerons et elle me le confirme : « En fait, l’aileron de requin n’a pas vraiment de goût. C’est ce qu’on met dans la soupe qui fait illusion, le bouillon, les légumes… »

Je lève un sourcil. L’humain est quand même bien bête: tuer des animaux qui n’ont pas de goût… pour en faire des mets de luxe ? Mais l’aileron de requin est sensé avoir des vertus aphrodisiaques ou encore prévenir le cancer en médecine traditionnelle… Je pense que cela suffit donc pour que son commerce fleurisse.

Pour ma part, je me contenterai donc de ma soupe de requins vegan !

[Pour info, depuis quelques années, la commercialisation des ailerons de requins est régulée à Hong Kong et des permis et autorisations sont nécessaires pour en vendre… En Chine, c’est interdit depuis 2012 si je ne m’abuse.]

Et une association hongkongaise lutte contre ceci si vous voulez la soutenir : https://www.hksharkfoundation.org/

03 décembre – Gros bonnets

Les températures ont chuté drastiquement. Nous sommes passés d’un joli 28 degrés à 13 degrés en deux jours à peine.

Dans la rue, les gens ont sorti les affaires d’hiver. Une copine a enfilé une Canada Goose – ce qui a eu le mérite de me faire sourire… une autre exhibe fièrement ses écharpes tandis qu’une troisième a sorti les bottines Ugg.

Le froid amène une certaine mode et l’on est ravis de pouvoir étrenner les vêtements d’hiver. Moi la première. J’ai sorti mes foulards. Ma petite veste. Et j’aime respirer à pleins poumons (derrière mon masque, n’exagérons rien…) l’air frais de Hong Kong !

Mais ce matin, alors qu’en bonne Hongkongaise je frissonnais au saut du lit, mon amie qui vit à Séoul me dit avec calme : « Il fait moins 7° ce matin. »

Comme quoi, tout est véritablement relatif. Même le froid.