C’est du chinois! #2

Voilà déjà deux mois et quelques que j’étudie avec assiduité et motivation le cantonais! Chaque semaine, je retrouve K., ma professeure, une hongkongaise pure souche qui m’initie à la complexité de la langue et – en parallèle – à la culture ! Car oui, langue et culture sont liées et chaque cours, j’en découvre un peu plus sur Hong-Kong, ses habitants et son fonctionnement.

Après avoir fait un petit bilan, voici les points que j’ai découvert en apprenant le cantonais !

  • Le chinois est une langue logique

Ne tergiversons pas, le chinois est SUPER LOGIQUE. Déjà un, il y a une structure de phrase fixe où les éléments sont placés dans un ordre strict : Sujet A + sujet B + temps + verbe + lieu + activité. C’est toujours comme ça! On dira donc : Paul et Aline, à 11h, mangent au restaurant. Ce n’est pas comme le français où on pourrait dire : A 11h, Paul et Aline mangent au restaurant – ou encore – Paul et Aline mangent au restaurant à 11h. Non… c’est fixe! Et quand on pose une question, on met les pronoms interrogatifs à l’endroit de ce à quoi ils doivent répondre (Qui ira à la place du sujet A ou B ; quand à la place du temps ; comment à la place du verbe, à la place du lieu, etc.). Il n’y a pas 36 manières de dire les choses et les phrases sont donc plus simples à construire.

Le système pour compter est aussi très simple. Pas de trucs étranges à la française comme le quatre-vingt, le soixante-dix ou le treize… on apprend les chiffres de 1 à 10 – ainsi que 100, 1000 etc.. Puis, pour dire 13, on dira : 10-3, pour le 58 : 5 – 10 – 8. Pour dire 253 on dira : 2 – 100 – 5 – 10 – 3. Voilà. Lo-gi-que! Idem pour les jours de la semaine – pas de divinités grecques pour former ces mots. Lundi, c’est jour 1, mardi, jour 2… samedi, jour 6. Idem pour les mois. Juin sera mois 6, novembre, mois 11. Simplement. Une fois qu’on a compris ça, c’est donc simple de compter, de donner des prix, de dire l’heure!

  • La conjugaison n’existe pas

Allelujah… Adieu passé simple, imparfait, plus que parfait du subjonctif. Quand on veut conjuguer un verbe on place le sujet et le verbe. That’s it. Quand on veut parler au passé, on rajoute un « dzo » après le verbe, « wui » devant pour le futur, « gan » après pour le continu et « gwo » pour le perfect. C’est tout. C’est simple.

  • Le chinois est une langue qui va droit au but

Lors de mon séjour au Sénégal, j’ai appris les formules de politesse basiques lorsqu’on rencontre quelqu’un. Et débute alors tout un protocole détaillé. Il faut dire : « Salam Aleykoum », auquel on vous répondra « Maleykoum Salam ». Ensuite il faudra dire « Nangadef ? » qui veut dire « Comment ça va ? ». La personne vous répondra « Mangifi » (en gros, ça va bien). Et puis après il faut demander des nouvelles de toute la famille (la femme, les enfants, la maman, le papa, etc.). On demande aussi « Comment vont les affaires », et seulement quand on s’est enquéri de la santé de tout le monde, là, on peut entrer dans le vif du sujet. Mais ici, à Hong-Kong, non… pas de tergiversations inutiles. On dit « Bonjour ». Et voilà. Je voulais savoir comment dire : « Comment allez-vous? » Il y a bien une formule mais on ne l’utilise pas. Si on veut vraiment savoir comment va une personne, on formulera la phrase différemment et on ne la posera que s’il y a une raison particulière. Et cette manière d’aller droit au but fonctionne aussi pour le reste : s’il y a des mots inutiles (car ils sont sous-entendus et donc logiques), on les enlève! Et là, je galère parfois car – si c’est logique pour ma prof – ça ne l’est pas forcément pour moi. J’ai grandi dans une langue où on a tendance à rajouter des mots pour que ça soit joli, pas à en enlever…

Idem pour les affirmations. Je voulais savoir comment dire des choses comme « C’est bon » ou « Tu es jolie », ou « Je suis fatiguée ». Ces phrases se construisent uniquement avec le mot « très », donc « C’est très bon », « Tu es très jolie », « Je suis très fatiguée » – car, comme me l’a dit ma prof « Si c’est juste bon… pourquoi en parles-tu? Il faut que tu mentionnes les choses que si elles ont de l’importance! » Pour une bavarde telle que moi, aller à l’essentiel est un exercice qui va bien au-delà de l’apprentissage de la langue!

  • Faire attention à ce qu’on demande

Je suis curieuse. J’aime connaître mes interlocuteurs, savoir qui ils sont, d’où ils viennent, ce qu’ils aiment… et il y a certaines questions qui me semblaient extrêmement logiques dès le départ. Comme demander à quelqu’un où est-ce qu’il habite. J’ai donc demandé à ma prof comment on traduisait ça! Et là, elle m’a dit que « Nooooon! Malheur… Il ne faut pas poser ce genre de questions! Ça peut être très mal perçu ! » A Hong-Kong, certains quartiers sont plus chers que d’autres. Si on demande à quelqu’un où vit-il, en fonction de la réponse, on pourra plus ou moins savoir s’il a un haut revenu ou pas. Et la personne devant admettre qu’elle vit dans les Nouveaux Territoires et qu’elle gagne de ce fait probablement moins que vous, perdra la face! On peut donc comprendre que certaines questions soient plus ou moins délicates! Mais il faut apprendre ces nuances!

  • Être immergé pour apprendre une langue, oui et non

Tu es immergée! Tu devrais apprendre rapidement, me direz-vous. Eh bien… pas tout à fait. Quand j’apprenais l’italien en Italie, j’avais quelques avantages par rapport à ici. Même si j’avais des cours certaines heures de la semaine, tout le reste du temps, je vivais en italien, j’entendais l’italien, je le parlais… mais surtout : à chaque moment de la journée je pouvais le lire – en passant devant un coiffeur (parruchiere), en achetant du pain (pane), en lisant un menu dans un restaurant, en voyant une pub dans les transports publics, en parcourant les rayons d’une librairie. Même lorsque je n’étais pas en cours, mon cerveau pouvait apprendre tous ces petits mots du quotidien.

Ici, je suis incapable de lire quoi que ce soit. Et même si je savais lire, si je pouvais par exemple reconnaître le caractère « Coiffeur » sur la devanture d’une vitrine, ou « Riz aux légumes » sur une carte, je n’aurais aucun moyen de savoir comment prononcer ces mots, puisqu’écriture et langue orale ne sont pas liées… Je perds donc une foule d’occasion d’apprendre du vocabulaire par hasard! Je peux donc écouter et rester attentive. J’ai par exemple appris à dire le mot « étage », ainsi que perfectionner ma connaissance des chiffres en prenant l’ascenseur. J’ai pu peaufiner ma prononciation du mot « bonjour le matin » (Jau sàn), en écoutant les concierges me le dire. Mais je n’arrive pas à mémoriser beaucoup de nouveaux mots de cette manière : les gens parlent vite, les mots me sont peu familiers dans leur tonalité et surtout, dès qu’ils me voient, ils me parlent en anglais, ce qui n’aide pas! Apprendre du vocabulaire est donc un effort supplémentaire que je dois faire!

  • Nos amis les tons

En cantonais, il y a tout un système de tons. Ma prof me les a présentés. Je les entends. J’arrive à les dire comme il faut si je ne concentre mais j’ai deux soucis majeurs. Le premier : les mots sont parfois longs et chaque syllabe a un ton différent. Je dois donc me concentrer sur le découpage des mots pour prononcer comme il faut. Par exemple le mot salle de bain (sai sau gan), se prononce en descendant puis montant sur la première syllabe sai, idem sur la deuxième, puis en montant sur la troisième.

Et le deuxième problème découle du premier : pour mémoriser les tons, j’ai pris une sorte de tic bizarre. Je bouge en les disant : pour dire le troisième ton qui descend et monte, je me tasse donc sur ma chaise avant de m’étirer. Idem avec le ton qui descend, je baisse mes épaules d’un coup… Pour chacun des 6 tons, j’ai une petite chorégraphie personnelle très peu élégante. Du coup, quand je parle cantonais, je me tortille en tous sens, de haut en bas – comme si j’avais besoin de faire pipi ou que je faisais une danse étrange. Il faut vraiment que j’arrive à me défaire de cette habitude.

  • Un système de sons auxquels je ne suis pas habituée

Mes petites cartes pour apprendre le vocabulaire

Quand j’ai appris l’italien, l’anglais ou l’allemand, c’était « facile ». Je baignais dans ces sons à longueur de temps. Je baignais aussi depuis toute petite dans cette multiculturalité toute suisse. J’ai grandi avec des emballages écrits en 3 langues. C’est donc inné pour moi que le jus d’orange soit Orangensaft en allemand et Succo d’arancia en italien. Et puis, « eine Orange » et « un’arancia » – ça ressemble quand même un peu à « une orange »… On peut deviner! Mais là, chaque son, chaque syllabe sont nouveaux à mes oreilles. Je dois me créer des trucs mnémotechniques super bizarres (comme Laam sihk = bleu // Haha, la chanteuse Lâam était habillée en bleu dans le clip « Je veux chanter pour ceux! » – ce qui n’est pas du tout le cas. Je viens de vérifier… mince!).

Je dois réussir à différencier des phrases comme « Moi yiih siii » (Excusez-moi) et « Mou man taaai » (Pas de problème), puis, les mémoriser. Je dois également accepter que certains mots se ressemblent mais sont différents. Par exemple, le mot avoir est Yauh, sur le 3ème ton (qui descend puis remonte), et le mot nager est Yauh en 4ème ton (ton qui descend). Je dois donc bien écouter les sons pour comprendre. Et puis, il y a des mots plus sournois comme « sin saang », qui veut dire Monsieur, mari ou enseignant – avec le même ton. Il faut donc que je comprenne l’intégralité de la phrase pour remettre dans le contexte. Et parfois que je me débatte avec des noms de famille que j’interprète comme des mots mais qui n’en sont pas! Mémoriser tout ceci est donc un sacré challenge mental (et qui sait… un excellent moyen de lutter contre Alzheimer en musclant son cerveau?).

Voilà où j’en suis à l’heure actuelle. J’avoue que je suis plutôt fière de moi. J’ai compris le système des sons dont je vous avais parlé dans mon précédent article sur la langue cantonaise! Je sais désormais compter, jusqu’à un million, je sais dire les prix, les heures, les dates… J’ai compris la structure de base d’une phrase et je peux donc désormais construire des petites affirmations, poser des questions, décrire des choses – même si pour le moment le challenge reste la rapidité! Mais désormais, je dois manger du vocabulaire… sans le vocabulaire, je ne pourrai pas progresser. Voilà donc mon nouveau challenge : apprendre, apprendre, apprendre – et ne pas me décourager !

3 réflexions au sujet de « C’est du chinois! #2 »

  1. Pfiou…je suis fatiguée rien qu’à te lire…Ça commence bien…on se dit que c’est simple, bien structuré et paf…tout se déglingue entre intonation, politesse et autres fantaisie! 🤣En fait quand tu te tortilles sur ta chaise, cela revient à l’Italien qui parle avec les mains…sauf que toi c’est avec tout le corps, lol…
    Bon courage!

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  2. Je découvre votre texte maintenant que nous sommes amies avec FB !
    Excellent désolée mais je ris en imaginant le tableau des contorsions pour la prononciation je ne suis pas sûre que vos interlocuteurs s’en amusent. Ils doivent penser que un vous avez des démangeaisons sur tout le corps ou affublée d’affreux tics 😄 et comme ils ne veulent pas que vous perdiez…….. la face !

    Aimé par 1 personne

  3. Ping : Interview d'expatrié: une Suissesse à Hong-Kong

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