08 août – Les au revoir

Je ne m’habituerai jamais aux au revoir. Je déteste ça. A chaque fois, mon coeur se craquelle. Je tente de coller ma langue au palais, comme mon papa me l’a appris mais rien ne fonctionne et je finis par pleurer comme une madeleine.

Et encore. J’ai de la chance. Je suis une privilégiée. J’ai choisi de vivre à Hong Kong.

Je pense donc tout spécialement ce soir aux exilés, aux réfugiés… qui sont loin de leurs êtres chers sans aucune perspective de retrouvailles… et sans savoir s’ils seront encore là à leur retour. Ce sont des héros du quotidien.

25 avril – La ronde des farewell

Il y a un terme qui n’est que tristement connu des expatriés : la farewell, ce qui signifie « Adieu! » en anglais.

En résumé, lorsqu’on dit : je suis allé à une farewell, cela signifie que nous sommes allés à la fête d’une personne quittant définitivement la ville.

En ce moment, de manière un peu moins festive puisqu’il est interdit de se regrouper, nous enchaînons les farewells en mini-comité. Beaucoup partent. Singapour, Londres, Paris, New York ou ailleurs encore… ils continuent leur bout de chemin, qu’il s’agissent de Suisses, de Français, d’Anglais ou même de Hongkongais.

Nous savons que nous resterons en contact… et que si le hasard nous mène dans la même ville, nous nous reverrons avec plaisir ! Mais après deux ans où personne n’a bougé, paralysé par la crise, c’est un peu triste de devoir dire au revoir à tous ces amis en même temps.

11 novembre – Décalage

– Ok, on se parle à 15h.

– Ok. Attends… 15h… mais c’est quelle heure chez toi ?

– Là en ce moment, c’est 6h30.

– Ha mais tu es matinale !

– Oui ! D’ailleurs, je file me préparer. A toute !

– Attends… quand tu dis 15h, tu parle de 15h Suisse ou de 15h Hong Kong?

– 15h Suisse !

– Parfait. 15h Suisse. 22h Hong Kong !

– Mais c’est pas 21h ?

– Non, on est passés à l’heure d’hiver. C’est +7 maintenant.

Les petits calculs de la communication à distance !

08 novembre – Être étrange et étranger

Depuis que je vis à Hong Kong et que moi-même je suis une étrangère, je pense souvent aux étrangers en Suisse que je n’ai pas accueilli comme j’aurais dû le faire.

Je pense à ma collègue, qui venait d’arriver d’Allemagne et qui ne connaissait personne – à qui je n’ai même pas pensé proposer un repas ou une sortie en dehors du travail. Je pense à ces étudiants Erasmus que je voyais chaque jour à l’Université, qui ne savaient pas toujours comme se débrouiller et à qui je n’ai pas spontanément proposé mon aide. Ou encore à ces expat anglophones, perdus à Genève, que j’ai jugé car « ils n’essayaient pas de parler français… », et qui se regroupaient le weekend. Je pense à ces touristes nageant dans un environnement français parfois rude… et à tous ceux sur qui j’ai jeté des stéréotypes et des clichés !

Il a fallu que je m’expatrie, que moi-aussi je fasse face à la solitude des ailleurs, que je me heurte à la barrière de la langue, aux gens très sympas mais qui ont déjà des amis et une vie… aux blagues qui vont plus vite que mon niveau d’anglais… aux termes chinois qui ont différents sens… pour que je réalise que s’installer dans un autre pays est un grand recommencement teinté de craintes et d’isolement. Que se retrouver avec ses compatriotes n’est pas forcément un signe de fermeture d’esprit – que cela fait du bien de temps en temps, que c’est reposant… et que tous ces étrangers installés ailleurs sont gens courageux.

14 avril – Ce n’est qu’un au revoir…

Je suis triste aujourd’hui. Mon amie Fanny rentre définitivement en Suisse. C’est l’un des aspects de l’expatriation le moins rigolo… on se fait des amis, puis ils repartent et notre cœur se brise un peu.

Fanny, nous l’avons rencontrée environ un mois après notre arrivée à Hong Kong. C’était l’amie d’une de mes amies d’enfance, et par son intermédiaire, nous avons décidé d’aller randonner ensemble. Ça a été le début d’une grande amitié, qui – j’en suis sûre – ne s’arrêtera pas, même après son départ.

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