22 septembre – Appartements à ciel ouvert

Nous passons sous le tunnel qui relie Happy Valley à Wan Chai. La galerie est longue, tout en dédales. Il y fait chaud. Depuis toujours, c’est un endroit où les sans-abris se réfugient. La dernière fois que j’y étais passée quelques matelas épars étaient posés à même le sol… parfois des caddies ou deux trois affaires personnelles. Mais les choses ont changés.

Aujourd’hui, alors que nous nous enfonçons dans les profondeurs, je m’arrête, pétrifiée. Ce sont des appartements qui se trouvent là. Des meubles tels que des armoires, bibliothèques, sofas, de l’électroménager (non branchés évidemment) ou lits délimitent les espaces personnels de chacun. Des draps ont été tendus pour préserver leur intimité. Il y a des plantes vertes, des statues de Dieux, des jouets ou des valises… le tout sur toute la longueur de la galerie. Plus loin, il y a des tentes. Le long de la rigole, des bacs contenant des produits ménagers ont été installés. L’odeur est entêtante. On entend derrière les rideaux tendus, les gens vaquer à leur vie quotidienne. Mais rien ne semble normal.

Ma gorge se serre. C’est un raz de marée qui s’est abattu sur ces gens là…

01 septembre – Anguilles

Un nouveau restaurant a ouvert en bas de chez moi. L’endroit ne paie pas de mine mais ne désemplit pas. Des néons criards, des tables en formica jaune, les baguettes posées dans un verre et des canards, des estomacs et des choses étranges suspendues devant les vitrines.

Ce matin, alors que je me glisse – un peu pressée – sur le trottoir, un camion s’arrête. Des caisses en sagex passent de mains en mains. Un couvercle tombe. Et là des dizaines de longues anguilles brillantes apparaissent. Elles se tortillent dans le bac, luisantes et apeurées. Je m’arrête. Me penche au dessus du récipient pour les observer… L’une d’entre elle me fixe. Le livreur éclate de rire en voyant ma curiosité.

Alors que jusque là j’aimais beaucoup les anguilles au riz… leurs petits yeux ne cessent de me hanter.

22 août – Les cavernes d’Ali Baba hongkongaises

A Hong Kong, il y a un type de magasins que j’adore : les petits brics à bracs, simplement appelés Household shop (alias magasins ménagers).

Derrière des apparences toutes simples, ceux-ci cachent tout un monde en soi. A chaque fois que j’y pénètre, je m’attends à retrouver Stéphane Plaza, une lampe de poche sur la tête… tournant l’émission « Un trésor dans votre maison ».

A chaque fois, l’expérience est mémorable. Vous cherchez une panosse, du papier bulle, une horloge murale, un siège massant mécanique, un presse-citron, des décorations de Noël, un uniforme anti-Covid, une boule à facettes, un appareil électroménager pour cuisiner des pois chiches ou un cendrier en forme de dauphin… foncez au Household shop.

Personnellement, j’y vais souvent. Juste pour le plaisir de fureter entre deux rayons et de découvrir des choses que j’ignorais jusqu’alors !

15 août – Note d’étonnements

Revenir à Hong Kong est désormais quelque chose de familier… et pourtant, après presque trois mois en Suisse, voici les choses qui m’ont frappées en posant le pied dehors hier :

Avec la canicule en Europe, la chaleur hongkongaise ne m’a pas assommée comme les fois précédentes. Je la trouve au contraire bien agréable avec son humidité qui se glisse autour de nos corps !

Les Hongkongais aiment la climatisation. Vraiment. Je manque de faire un choc thermique en rentrant dans le métro.

En montant des escaliers, un homme remonte d’un seul coup son t-shirt, jusqu’au dessus de ses tétons. Je sursaute. Que fait-il ? Il le noue alors et ca me revient : alors qu’en Europe, ce sont les jeunes filles qui s’aèrent le ventre quand il fait trop chaud, ici, ce sont les hommes de cinquante ans et plus qui le font.

Hong Kong est vraiment un port aux parfums. Par contre, l’odeur enivrante des bois pour encens s’est évaporée depuis longtemps. Grillades, riz sauté, nouilles et mets délicieux : c’est la nourriture qui sent très bon ici !

Mon dieu, la foule. Après avoir tâté des dimanches « noirs de monde » au Bouveret ou sur les quais de Vevey, je suis frappée… le concept de rues bondées n’a pas véritablement la même signification !

Après la sécheresse suisse, c’est bon de revoir de la végétation verte. Vivement qu’il pleuve en Europe.

13 août – Paysage infini

Depuis jeudi soir, j’inspecte à l’infini le paysage qui s’étire devant mes yeux : les petits immeubles colorés (une quinzaine d’étages au maximum) devant les géants de 50 étages.

Sur un toit, un homme étend une lessive. A droite, au 9e étage du Cooked Food Center, un groupe danse. Dans la rue, le flot des passants ne s’interrompt jamais devant le marchand de fruits. Des parapluies flottent au dessus des trottoirs. Des cabas à roulettes sont tirés par des grand-mères fatiguées.

Selon les heures de la journée, la circulation change. L’après-midi, les taxis remplacent peu à peu les camions.

Et, au fur et à mesure que le soleil baisse, la foule rentre chez elle… laissant place à la nuit !