06 juin – Masques et cie

Je suis assise dans le train. Autour de moi, des dizaines de visages dénudés. Et il y a moi, seule avec mon masque.

Si le porter était une chose simple et évidente à Hong Kong, qui ne m’a jamais posé de problème ni d’inconfort, le faire en Suisse est une expérience bien différente. Il faut admettre qu’on s’habitue à déambuler le nez au vent. Et puis, à chaque fois que je sors mon rectangle de papier, il y a ces regards qui, sans se vouloir méchants ou désagréables, en disent long.

Pourtant, même si je vois mes amis ou que je fais mes dédicaces le nez dénudé, je tiens à mon masque dans le train. C’est un petit rappel silencieux que je m’impose. Oui, le Covid existe encore. Oui, certaines personnes ne pourront jamais entrer dans des lieux publics avec ce luxe de pouvoir respirer à pleins poumons. Et surtout oui… il va falloir reprendre un jour ces habitudes et sortir masqué, peu importe que l’on soit seul au milieu d’un parc ou serré dans un métro bondé.

Mon masque du jour, avec sa corolle fleurie

20 mai – Petites différences

En Suisse, les gens ne marchent pas en regardant leurs téléphones. A Hong Kong, ils zigzaguent les yeux collés sur leurs écrans.

A Hong Kong, les gens se collent sur le côté dans les escalators, laissant les gens pressés passer sur leur gauche. En Suisse, les gens montent deux à deux les escaliers créant des embouteillages monstres.

En Suisse, la nuit tombe très tard. A Hong Kong, à 18h il fait déjà nuit.

A Hong Kong, il y a des bruits aux feux rouges permettant de savoir quand passer même sans regarder. En Suisse, le passage aux feux est silencieux… et je m’interroge : comment font les aveugles ?

En Suisse, les supermarchés comprennent 100 sortes de yogourts différents. A Hong Kong, le rayon des nouilles comprend 100 sortes différentes.

En Suisse, les gens mangent partout. Dans le train, sur les quais, dans le parc, au resto, sur les bancs… à Hong Kong, les gens mangent tout le temps… mais toujours au resto.

En Suisse, les gens te fixent beaucoup. Même quand ils ne te connaissent pas. Et je passe ma journée à flipper en imaginant que j’ai de la salade sur les dents ou un truc de bizarre sur le t-shirt. À Hong Kong, les gens ne te regardent pas. Même si tu te balades déguisé en super-héros en plein après-midi.

02 décembre – Suisse? Ouhlala!!!

Hier, je suis allée manger avec mon amie Chrissy. Alors que je passe la commande en cantonais, le serveur est amusé et me demande d’où je viens :

– Ngo hai Seuysi yan. Je suis Suisse, lui dis-je, toujours une petite pointe de chauvinisme dans la voix.

Alors qu’habituellement, les gens poussent des petits cris enthousiastes quand j’annonce ma nationalité (et me parlent ensuite de montagnes, de chocolat et de beaux paysages…), l’homme pousse un cri horrifié.

– La Suiiiiisse. Mais c’est terrible là bas. Il y a énormément de cas de Covid. C’est vraiment très très mauvais…!

Il fait un pas en arrière et le reste du repas, me sert de manière méfiante, du bout des doigts.

30 novembre – Dizaine en Suisse

A partir de ce weekend, si l’on revient en Suisse depuis Hong Kong, nous devons faire dix jours de quarantaine puisqu’un cas du variant Omicron a été découvert chez nous.

C’est quand même assez ironique en sachant que la Suisse a actuellement près de 8’000 cas par jour (si ce n’est plus)… et des mesures plutôt light… tandis que nous avons moins de 10 cas par semaine, tous importés et pris en charge immédiatement dès leur arrivée dans le pays, puisque chaque voyageur doit faire une quarantaine en isolement pendant laquelle il sera testé au moins 8 fois en tout.

J’ai l’impression qu’on est pas sorti de l’auberge…

27 novembre – Aller sans retour

Lorsqu’un voyageur souhaite revenir à Hong Kong, il doit passer obligatoirement par une quarantaine dans un hôtel accrédité par le gouvernement.

Pour les gens en provenance de Suisse, ce sont 21 jours à passer enfermés entre les 4 murs d’une chambre d’hôtel.

Les hôtels accrédités sont au nombre de 40. Tous les trois mois, la liste est mise à jour et les voyageurs doivent donc surveiller cette liste avec minutie et être munis d’une réservation en bonne et dûe forme lors de l’embarquement sous peine de ne pas pouvoir entrer dans l’avion.

Le souci, c’est qu’en ce moment, avec Noël et tout et tout… tous les hôtels de quarantaine sont pleins jusqu’à fin février.

Sur les réseaux sociaux, c’est donc la panique. Certains voient leur vol être déplacé mais leur réservation d’hôtel n’a pas suivi… certains autres, devant rentrer pour une urgence familiale, ne savent pas quand ils pourront revenir – ce qui est compliqué lorsqu’on a un emploi, des enfants scolarisés, etc.

Bref. C’est la débandade… et c’est un peu stressant de se dire que s’il arrivait un malheur, nous pourrions être coincés d’un côté comme de l’autre.