06 juin – Masques et cie

Je suis assise dans le train. Autour de moi, des dizaines de visages dénudés. Et il y a moi, seule avec mon masque.

Si le porter était une chose simple et évidente à Hong Kong, qui ne m’a jamais posé de problème ni d’inconfort, le faire en Suisse est une expérience bien différente. Il faut admettre qu’on s’habitue à déambuler le nez au vent. Et puis, à chaque fois que je sors mon rectangle de papier, il y a ces regards qui, sans se vouloir méchants ou désagréables, en disent long.

Pourtant, même si je vois mes amis ou que je fais mes dédicaces le nez dénudé, je tiens à mon masque dans le train. C’est un petit rappel silencieux que je m’impose. Oui, le Covid existe encore. Oui, certaines personnes ne pourront jamais entrer dans des lieux publics avec ce luxe de pouvoir respirer à pleins poumons. Et surtout oui… il va falloir reprendre un jour ces habitudes et sortir masqué, peu importe que l’on soit seul au milieu d’un parc ou serré dans un métro bondé.

Mon masque du jour, avec sa corolle fleurie

07 avril – Surprise et médecine chinoise

Depuis quelques jours, de mystérieux hommes en bleu sillonnent le quartier avec un gros chariot. Et puis, avant-hier en rentrant chez nous, le concierge nous tend un petit cadeau. C’est un paquet blanc qui nous est distribué par le gouvernement.

Il comprend 20 autotests qui nous serviront mi-avril puisque nous devrons tous nous autotester. Il contient également un kit de 20 masques KN95 et deux boîtes de Linghua Qingwen, de la médecine chinoise contre le Covid.

Ledit médicament est un remède plutôt populaire contre la grippe et autrefois contre le SARS. Il aurait été conçu sous la dynastie Han (vers 200 après JC… de quoi avoir eu le temps de tester les effets secondaires) et comprendrait 13 ingrédients tels que le noyau d’abricot, la racine d’isatis, le forsythia pleureur, les fleurs du chèvrefeuille japonais ou encore de l’éphédra…

Pourquoi pas… hein ? Même si prendre un médicament qu’on ne connaît pas est toujours un peu effrayant !

Dans tous les cas, nous voilà donc équipés !

28 mars – Haute sécurité

Ce matin, j’ai rendez-vous chez le médecin. Oh, rien de grave. Un petit contrôle de routine.

Pour accéder au bâtiment, un scan est obligatoire. Deux hommes m’escortent jusqu’aux ascenseurs et appuient sur les boutons à ma place.

Ensuite je passe un premier SAS de sécurité où je passe un interrogatoire en règle. Ai-je eu de la fièvre? Ai-je été dans un bâtiment au sein duquel quelqu’un de malade s’est rendu ? Ai-je toussé une fois les 14 derniers jours ? Ai-je voyagé (question rhétorique… si je l’avais fait, je serais actuellement en quarantaine)? Etc. Etc.

Je suis alors menée à un long couloir dans lequel plusieurs chaises sont posées à 1m50 de distance l’une de l’autre. Je dois attendre mon tour pour aller faire un autotest Covid.

On m’escorte jusqu’aux toilettes. La partie de plaisir commence. Grattage de nez… etc. Il faut alors glisser son test dans un sac fermé sur lequel un logo Attention radioactivité, donne le ton. Je reviens alors dans le couloir où je patiente 20 minutes, le temps que le test soit validé (en stressant un petit peu quand même). Et une fois ceci fait, je peux accéder à la salle d’attente !

L’avantage c’est que ça me fait voyager par la pensée. J’ai l’impression de me retrouver à Genève, prête à aller visiter les bâtiments de l’ONU. Je me sens du coup presque en vacances !

15 mars – Le mètre en papier

Dimanche. 11h du matin. Le soleil est au rendez-vous. Pour l’occasion, nous voilà dans l’un des parcs de la ville, couchés sur un plaid, un cahier de mots croisés entre les mains.

Soudain, une agitation fait trembler l’air. Au loin, une voix résonne dans un micro : S’il vous plaît, nous vous rappelons qu’en raison des mesures anti Covid, le port du masque est obligatoire, il est interdit de se réunir à plus de deux et un mètre et demi est requis entre les groupes. Together, let’s fight the virus.

Le message passe en boucle en cantonais, mandarin et anglais.

Dans les allées, quatre agents marchent en cadence. L’un tient le mégaphone, un autre surveille les environs tandis que les deux derniers tiennent un long mètre en papier qui mesure un mètre et demi.

Lorsqu’ils aperçoivent un groupe enfreignant les règles citées plus haut, hop, ils courent vers eux… ceux tenant le mètre vérifient si la distance est respectée et si ce n’est pas le cas, ils distribuent des amendes d’environ 500 CHF à toute personne incriminée.

Ca ne rigole pas.

09 mars – Les petits vendeurs à la sauvette

Alors que jusqu’à présent, les petits vendeurs à la sauvette vendaient des chargeurs, des passoires, des kits de couture ou des barrettes scintillantes, aujourd’hui tout a changé. La rue s’est transformée en pharmacie à ciel ouvert.

– 90 hkd les 6 tests Covid!!! crie une femme postée sur une table de camping.

A coté d’elle, un homme a étendu sur une bâche à même le sol des dizaines de boîtes blanches et bleues renfermant les cotons-tiges de l’angoisse.

Hong Kong est une ville rapide, qui s’adapte aux diverses situations… On espère quand même que les passoires, les câbles et les accessoires beautés reviennent vite !