30 novembre – La Gentillesse

Je rentre à la maison, les bras chargés de sacs en tous genres. Soudain, une femme me tape sur l’épaule. Elle est jeune, a un air doux.

– Votre lacet est défait.

Je baisse les yeux. Elle a raison. Je déplace un sac sur une hanche mais je galère un peu. Et là, sans rien me demander, elle saisit un de mes paquets.

– Prenez votre temps, me dit elle.

Je rattache ma chaussure, récupère mes affaires et elle file, sans que j’aie même le temps de la remercier. Je la regarde s’éloigner avec sa robe rouge et ses longs cheveux noirs qui caracolent sur sa nuque.

Je crois que j’ai rencontré la Gentillesse.

12 octobre – Une boulangerie suisse

En me baladant en tram dans le quartier de North Point, j’aperçois un magasin arborant fièrement le signe de « boulangerie suisse ». Mon coeur ne fait qu’un bond et mes papilles se mettent à saliver en pensant au pain tessinois, aux croissants de Sils, au pain aux graines ou aux délicieuses tresses.

Ni une ni deux, je descends précipitamment du deck supérieur pour sortir au prochain arrêt. Je passe ma carte sur le lecteur… le véhicule s’arrête et je me précipite à l’extérieur.

Quand je pousse les portes de la boulangerie, je ferme les yeux pour humer la bonne odeur. Mais… rien. Je les réouvre et là, la déception est à la hauteur de ma passion pour une bonne tartine de Cenovis. Devant moi : des pineapple buns, des coconut bun, des pains mous et farcis représentatifs de la cuisine hongkongaise.

La passion des Hongkongais pour coller le mot « suisse » à des choses qui n’ont rien à voir avec notre pays a encore frappé !

07 septembre – Dangerous hot pot

Samedi dernier, alors que je mange dans un hot pot avec des amis, je saisis une feuille de tofu (appelée tofu skin dans le jargon) que je trempe dans le bouillon.

En attendant qu’elle cuise, je tourne les yeux sur la salle. L’endroit est typique : tout est en chinois. On y mange sur de grandes tables dans lesquelles sont insérées une plaque électrique. Des réchauds frémissent aux quatre coins de la salle. Nous avons commandé des boulettes de poisson, des tranches de viande de la salade, du tofu, des champignons, etc. que nous mettons uns à uns dans le bouillon. Une patte de poulet flotte au milieu du mélange.

La cruelle peau de tofu

Derrière moi, une grande TV passe les résultats du Loto. Des clients boivent bruyamment de grandes bouteilles de bière.

Une fois ma feuille de tofu prête, je ne réfléchis pas une seconde. Je la porte immédiatement à ma bouche. Mais elle est si chaude que je me brûle.

4 jours plus tard, une charmante petite croûte orne ma lèvre…

Entre ça et mes jambes bleues et griffées, c’est la semaine du glamour.

28 mars – Haute sécurité

Ce matin, j’ai rendez-vous chez le médecin. Oh, rien de grave. Un petit contrôle de routine.

Pour accéder au bâtiment, un scan est obligatoire. Deux hommes m’escortent jusqu’aux ascenseurs et appuient sur les boutons à ma place.

Ensuite je passe un premier SAS de sécurité où je passe un interrogatoire en règle. Ai-je eu de la fièvre? Ai-je été dans un bâtiment au sein duquel quelqu’un de malade s’est rendu ? Ai-je toussé une fois les 14 derniers jours ? Ai-je voyagé (question rhétorique… si je l’avais fait, je serais actuellement en quarantaine)? Etc. Etc.

Je suis alors menée à un long couloir dans lequel plusieurs chaises sont posées à 1m50 de distance l’une de l’autre. Je dois attendre mon tour pour aller faire un autotest Covid.

On m’escorte jusqu’aux toilettes. La partie de plaisir commence. Grattage de nez… etc. Il faut alors glisser son test dans un sac fermé sur lequel un logo Attention radioactivité, donne le ton. Je reviens alors dans le couloir où je patiente 20 minutes, le temps que le test soit validé (en stressant un petit peu quand même). Et une fois ceci fait, je peux accéder à la salle d’attente !

L’avantage c’est que ça me fait voyager par la pensée. J’ai l’impression de me retrouver à Genève, prête à aller visiter les bâtiments de l’ONU. Je me sens du coup presque en vacances !