Histoires expatriées #9 – Le droit de ne pas avoir peur

Photo : Filip Mroz - Unsplash

Photo : Filip Mroz – Unsplash

Ce mois-ci, le thème des Histoires expatriées est : Les genres… Et… la personne qui a trouvé ce sujet n’est autre que… moi 😉… puisque je suis la marraine de ce rendez-vous de juillet, créé par Lucie, autrice du blog : www.occhiodilucie.com.

Les genres – sujet vaste et varié qu’on peut traiter de mille et une manières. Je pourrais par exemple parler du fait qu’il n’y a pas de notion de genres dans la langue chinoise (pas de le, la… mais aussi pas de il, elle…). Je pourrais aussi parler des rôles traditionnels et clichés véhiculés par les genres mais je n’ai pas suffisamment de matière sur le sujet. Je vais donc vous parler de quelque chose que je peux expérimenter au quotidien : le fait de ne jamais être ennuyée dans la rue.

Depuis peu, ce qu’on appelle le sexisme ordinaire est mis en avant par les médias… et c’est tant mieux car le combat n’est de loin pas gagné. Pourtant c’est possible ! Et je vais vous dire pourquoi.

En Suisse, en Europe… lorsqu’on est une fille, on a toutes vécu (ou presque… je ne sais pas s’il y a des chanceuses qui y ont échappé), ce qu’on appelle le harcèlement de rue. En gros, ce sont les comportements intimidants, insistants, irrespectueux, humiliants, menaçants qu’un individu peut avoir envers une autre personne. Dans la majorité des cas, il s’agit d’hommes envers des femmes, mais ce type de comportement peut également porter sur un genre, une orientation sexuelle, une couleur de peau, un handicap et j’en passe…

Bref, si vous êtes une fille, vous connaissez : les sifflements, les questions gênantes, les insultes, se faire suivre, se faire toucher sans consentement, que ce soit dans la rue, dans les bars, dans les transports ou dans une boîte de nuit, se faire ennuyer dans le train ou n’importe où, ne plus savoir quoi faire pour s’en sortir.

Ça m’est arrivé. Si souvent que je ne pourrais pas compter. Dès mon adolescence jusqu’à ma trentaine passée, des dizaines de petits gestes, de paroles, de regards, de comportements déplacés où j’ai eu peur… où j’ai baissé la tête et hâté le pas.

C’est arrivé à mes copines. On a toutes vécu ce genre de choses. J’ai grandi en intégrant le fait que c’était normal. Que le soir… je devais marcher vite. Que si j’étais seule, je ne devais pas lever les yeux sur les groupes d’inconnus, que dans le train, la nuit, je devais me tasser au fond de mon compartiment, ou ne pas m’asseoir trop loin d’autres filles ou de personnes plus âgées.

Photo : Anatoliy Gromov - Unsplash

Photo : Anatoliy Gromov – Unsplash

Puis, j’ai déménagé à Hong Kong. Et là, ça a disparu. Que je me balade à trois heures de l’après-midi, ou à trois heures du mat, avec une jupe longue ou un mini-short… personne ne m’embête, jamais. Je peux prendre le métro, le bus, aller me promener dans des ruelles semblant sordides, croiser des individus de toutes les classes sociales… seule ou avec des amies, sans rencontrer le moindre souci. Mes amies – expatriées et hongkongaises – ont confirmé : elles sont tranquilles et n’ont pas peur.

Bien sûr, tout n’est pas rose. Le sexisme, le harcèlement, les violences, cela existe aussi ici. De nombreuses associations se battent au quotidien pour rendre justice aux victimes et pour dénoncer ces pratiques. La société asiatique reste très genrée et sur les lieux de travail, ce genre de choses arrive malheureusement également, comme on peut le lire dans cet article du SCMP. Ça arrive quotidiennement et je sais aussi que j’y échappe aussi car je suis étrangère et que je ne vois pas tout…

Mais, quand même, en revenant à Noël l’hiver dernier. en passant dans une ruelle à Genève, j’ai eu peur. C’était la première fois que cela m’arrivait depuis plusieurs mois. J’ai fixé le sol, pressé le pas et j’ai senti mes pulsations s’accélérer.

Depuis que j’ai déménagé à Hong Kong, je n’ai jamais eu peur. Pas une seule fois. Je n’ai pas eu de regards déplacés, pas de remarques, pas de gestes… rien. Je vis tranquillement. Je m’habille comme je veux. Je sors où je veux, quand je veux, à l’heure de mon choix… et à aucun moment, je n’ai eu besoin de faire de détour.

C’est quand on expérimente ceci qu’on se rend compte que ce qu’on vit au quotidien en Europe (ou ailleurs…) n’est pas normal. Qu’il n’est pas normal de sentir son estomac se crisper en sortant d’une soirée, en traversant un quai de gare ou en voyant un groupe d’individus arriver dans le train… ce n’est pas normal que la moitié de la population doive expérimenter ceci sans que l’autre ne s’en soucie… et ce n’est pas normal de se dire que les petites filles grandiront dans un monde dont elles devront se méfier au quotidien, dans un monde où elles devront réfléchir à leur manière de se comporter, de s’habiller, de se déplacer, de rire, à quel itinéraire elles prendront pour rentrer chez elles…

La tranquillité que j’expérimente ici, devrait être la norme et il est important de toujours le garder en tête.

Cet article participe au rendez-vous #histoireexpatriées créé par le blog L’occhio de Lucie. Ce rendez-vous mensuel réunit des blogueurs expatriés à travers le monde autour d’un thème et nous permet de connaître la vie de différents pays !

Les autres participants :

5 réflexions au sujet de « Histoires expatriées #9 – Le droit de ne pas avoir peur »

  1. Quand j’habitais à Stamford en Angleterre, je n’avais pas peur du tout de sortir, quelle que soit l’heure de la journée/nuit. Bon, c’était une petite ville tranquille, ce qui explique tout. Mais à Scarborough, je ne me sens pas à l’aise du tout. Les (rares) fois où j’ai dû traverser la ville de nuit pour rentrer chez moi, c’était pas ouf, je me sentais vraiment angoissée. Pourtant, je n’ai jamais eu de problème ou quoi, mais je sais pas – c’est inexplicable je crois.

    En tout cas, ça fait plaisir de lire que c’est possible – si ça se passe bien à Hong Kong, c’est bien la preuve ! xx

    Aimé par 1 personne

    • C’est là où je me dis que ces comportements – le fait d’effrayer les filles (ou autre) par un regard… ou un comportement qui met mal à l’aise – ce n’est pas de l’inné, c’est clairement acquis. Et c’est donc des choses qu’on peut changer!!

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  2. Très intéressant cet aperçu de situation à Hong Kong. J’ai une fille de 16 ans. Elle est aujourd’hui ceinture marron de karaté. Elle a aussi du répondant. Ma façon à moi de lui apprendre à se défendre au cas où .
    J’ai aussi 2 fils de 18 et 14 ans à qui j’essaie d’apprendre l’égalité des sexes et le respect de l’autre. Je vis au Maroc. Les regards peuvent être autrement plus lourds qu’en Europe. Je ne connais pas Hong Kong. Mais super ce ressenti.

    Aimé par 1 personne

    • J’ai bon espoir que la nouvelle génération soit plus avisée, plus sensée, plus au fait aussi de ces problèmes et que grâce à elle, les choses changent.
      Ce qu’on voit actuellement est positif. Ca prend du temps mais ça va vers le mieux et ça me fait plaisir !

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  3. Ping : Vintage, BCBG, tong … pour finir en Desigual! – Hilo Rico (#tripofmylife)

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