Et puis, traverser un typhon…

09h30 : Le typhon arrive. On est déjà dans la tempête ! Le signal T9 a été lancé et de gros vents sifflent au dehors. Il pleut. Notre immeuble oscille comme si nous étions sur un bateau.

Il y a pourtant quelques imprudents qui roulent en voiture dehors. J’ai également vu un jogger sur le front de mer et un groupe de personnes marcher avec des parapluies. S’aventurer dehors est risqué. Non seulement le vent risque de les emporter ou de les assommer avec un objet, mais les assurances ne prendront pas en charge leurs frais médicaux, m’a dit S. lors de mes visites d’appartements.

Le typhon est plus « doux » que prévu : il est passé d’un super typhon à un typhon sévère. Ouf… Ça n’empêche pas qu’il soit fort : c’est la première fois depuis 5 ans que le Hong Kong Jockey Club doit annuler sa course, ce qui – d’après le South China Morning Post – prouve que c’est un typhon important.

09h45 : Le loquet de la fenêtre de notre chambre n’a pas tenu. La fenêtre est violemment secouée contre la façade de l’immeuble. Un vent hyper violent et sifflant comme un oiseau paniqué traverse notre chambre. Nous nous précipitons de l’autre côté. On est au 32ème étage. L’idée de se faire aspirer fait très peur. L’idée que la fenêtre soit arrachée aussi!

Nicolas appelle le numéro d’urgence. En 3 minutes ils sont là, d’une efficacité redoutable ! Deux dames tiennent les fenêtres du couloir pour éviter les appels d’air. Deux hommes s’approchent de la fenêtre en rigolant pour la fermer. Mon taux d’adrénaline a monté d’un seul coup. La pluie a atteint toute la chambre. Le vent nous frappe de plein fouet. Mais voilà, en 2 secondes ils ferment la fenêtre, la verrouillent et cela semble être une formalité d’une simplicité enfantine pour eux. Ils repartent après avoir essuyé l’appartement. Pour ma part j’ai préparé mon sac et chaussé mes baskets, au cas où… Je crois vraiment qu’on a eu de la chance.

L’application du Hong-Kong Observatory a lancé l’alerte T10 et interdit à la population de faire des sports marins ! Avec des rafales à 194km/h je me demande si certains sont assez fous pour essayer…

11h23 : Rien d’autre à faire que d’attendre que ça passe… Il y a des risques d’inondations dans la région des Nouveaux Territoires… j’espère que les personnes vivant près de la mer ont des endroits où se mettre à l’abri.

13h10 : L’eau a passé le muret des quais. Les vagues se répandent sur les routes. On voit quelques taxis rouler dans l’eau montante. Des vidéos commencent à fleurir sur les réseaux sociaux avec des locaux inondés, des échafaudages qui tombent, la force du vent… On est pas mal au 32ème étage.

On avait prévu pleins de provisions mais avec l’immeuble qui tangue légèrement depuis 09h du matin, on a l’estomac dans les talons. Moi qui ai toujours rêvé de vivre sur un bateau, je revois la liste de mes envies !

14h38 : Toujours en attente. Les typhons ne plaisantent pas. Il y a désormais des risques de glissements de terrain, ce qui s’explique facilement vu les trombes d’eau qui se déversent sur la ville depuis ce matin. Un gros bateau semble s’être détaché et vient de heurter un autre bateau… ils dérivent rapidement vers le large.

15h59 : Il pleut toujours. Le vent semble moins fort. On touche du bois. Si vous voulez voir quelques images du désastre, cet article recense plusieurs vidéos et fait le point sur la situation : https://m.scmp.com/news/hong-kong/health-environment/article/2164416/serious-flooding-and-swaying-buildings-super

17h45 – 19h30 : Toujours alerte T10. C’est interminable ! Le vent rugit toujours à l’extérieur… je me demande combien de temps cela va durer et si Nicolas pourra aller au travail demain. L’immeuble a cessé de tanguer. On arrive enfin à avaler quelque chose…

19h50 : Nous redescendons en signal 8. Youpie! C’est le début de la fin. Les Hong-Kongais sont vraiment incroyables. Il paraît que la plupart des 7/11 (des petites supérettes) ainsi que certains restaurants seraient à nouveau ouverts !

Au final, la journée a été longue et mouvementée et l’attente vraiment désagréable (surtout avec cette sensation constante de mal de mer). Nous avons regardé des films, discuté, lu des articles, fait des allers et retours prudents vers les fenêtres pour observer l’extérieur. Pourtant, je n’arrive pas à imaginer dans quel état est la ville : est elle praticable, les routes sont elles en bon état, les métros ont-ils été inondés, y a t’il eu des blessés ? Et combien de temps resteront nous dans le signal T8?

Nous verrons demain… en espérant que chacun puisse trouver un endroit sec où passer la nuit.

4 réflexions au sujet de « Et puis, traverser un typhon… »

  1. Merci Karine pour cette description vivante et réaliste, nous vivons les événements bien contents et « reconnaissants » de vivre dans un pays épargné par de tels événements. Mais quelle expérience.
    Merci Bonne fin de journée.
    MU

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  2. Quelle aventure !
    Tu as fait ma pause du matin, les mains fébrilement accrochées à ma tasse de thé. Un vrai thriller météo.
    Merci de nous raconter tout ça 🙂
    Des becs

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